Psychologies magazine - hors série 2005

Psychologies_HS_Oct-Nov2005

Le Guide du développement personnel

Atelier : LE CORPS

Le corps n'est pas une mécanique secondaire. Lui laisser pleinement vivre sa vie, savoir mettre en sourdine le diktat de l'esprit, c'est ce que les techniques psychocorporelles modernes et les pratiques orientales nous enseignent.

A l'écoute de nos sensations

Longtemps délaissé, le corps est en train d'opérer un sérieux comeback en Occident. En témoignent le développement des thérapies psychocorporelles, l'engouement pour les techniques orientales comme le tai-chi, le qi gong ou encore le yoga, mais aussi, paradoxalement, les mises en scène artistiques ou médiatiques dans lesquelles la présence du corps est affirmée avec outrance et provocation. Pour le psychanalyste Serge Tisseron, les corps « percés », tatoués, hypersexualités, tels qu'on peut les voir dans la rue, la publicité ou la mode, ne sauraient être réduits à une simple opération commerciale, mais annoncent un retour en force du corps dans notre culture. « Pendant longtemps, le corps a été écarté, analyse t il. Aujourd'hui, pour la première fois dans notre culture occidentale, on est prêt à envisager le travail de l'esprit comme le prolongement du corps. »
Une ébauche de réappropriation, de revalorisation, qui vient bousculer la conception traditionnelle. Mis de côté par la psychanalyse, ravalé au rang de machine par la médecine classique, le corps est surtout envisagé comme un outil, que l'on se doit d'entretenir pour répondre aux normes sociales et esthétiques en vigueur mais que l'on traite avec une grande violence, comme une machine à dompter, à maîtriser, séparée du reste de l'être. Des régimes qui affament, des heures de jogging éreintant, tout est bon pour discipliner ce corps rebelle, « ce brouillon à corriger », pour reprendre l'expression du sociologue David Le Breton(1).

Un adversaire à dompter?

« On a aujourd'hui une conception du corps machine qui nous fait croire que l'on peut faire ce que l'on veut de son corps, le modeler à l'envi, explique Pierre Dalarun, psychomotricien. Cela conduit à la représentation d'un corps très morcelé, que l'on peut amener au garage pour y faire changer la pièce défaillante. En essayant de le formater à ce que sa tête demande, on fait de son propre corps un corps étranger. » Il devient un adversaire que l'on cherche ou à dompter ou à oublier. En aucun cas un allié. « Un corps qui est jugé, discipliné ou abandonné est toujours maltraité parce qu'il n'est pas ressenti, explique Erick Dietrich(2), psychosomato-thérapeute. Si on ne le vit pas de l'intérieur, on ne peut pas lui fournir les soins dont il a besoin. »

La dure domination de l'esprit

Pour Pierre Dalarun, « il y a un fort retentissement entre l'esprit et le corps. L'esprit domine le corps chez la plupart des gens, ce qui peut se traduire par des tensions, des maux de ventre ou de dos, des comportements alimentaires tels que l'anorexie ou la boulimie.

je vois aussi beaucoup de gens marcher "à côté de leur corps". Or, il est important que ça aille aussi dans l'autre sens, que l'esprit s'adapte à ce que le corps demande. » Catherine Bazin, ancienne internationale de lancer de disque, aujourd'hui professeur d'éducation physique et praticienne Feldenkrais (voir Outils), est, elle aussi, le témoin de cette domination du corps par l'esprit, y compris dans l'acceptation de la souffrance : « Les gens sont extraordinaires dans leur capacité à se faire mal avec le sourire. Le monde est fait pour la force, le volontarisme, la performance plutôt que l'intelligence du mouvement. »
Pas étonnant à ce régime là de ne pas se sentir bien dans son corps malgré tous nos efforts. Et si nous envisagions cette partie de nous, aussi importante que l'esprit à qui nous donnons toujours la priorité, d'une façon différente ?

La grande oubliée la sensation

La première étape pour reprendre pied dans son corps et le laisser exister en tant que tel est d'écouter ce qu'il a à nous dire. Selon Catherine Bazin, « pour écouter son corps, il faut avoir de l'intérêt et de la considération pour lui, pour la façon dont il se comporte, accorder de l'importance à son bienêtre. » Une prise de conscience charnelle et organique qui demande du temps et de l'attention que peu de gens sont prêts à donner à leur corps. « Beaucoup de gens n'écoutent pas leur corps, constate Pierre Dalarun. J'ai même des patients médecins ou chirurgiens, qui, malgré une très bonne connaissance de l'anatomie et de son fonctionnement, sont complètement sourds à leur propre corporalité. » Qu'est ce qui est donc si difficile à entendre ? Il semblerait que la grande oubliée soit la sensation, par laquelle le corps s'exprime mais aussi comprend et parfois, guérit. « C'est le développement psychomoteur de l'enfant qui nous apprend l'importance de la sensation. Mais, à l'âge adulte, l'intellect parasite tout, renchérit Pierre Dalarun. je vois passer dans mon cabinet des gens qui ont essayé toutes les méthodes, appliqué tous les conseils, fait tous les exercices mais sans jamais rien ressentir. » Catherine Bazin se souvient, elle, des premières séances de Feldenkrais où son corps a éprouvé des sensations inconnues ou oubliées: « Sentir ces choses incroyables dans mon corps provoquait chez moi des fous rires de jubilation! »

L'éloge de la lenteur

La sensation au centre de tout. Une approche que l'on retrouve dans les nombreuses thérapies corporelles ou méthodes fondées sur le mouvement. Des pratiques, qui, à l'heure où chacun est comptable de son temps et de ses gestes, reviennent à un éloge de la lenteur. Une lenteur pour laquelle nous au sommes de moins en moins programmés dans notre vie quotidienne et qui peut devenir effrayante. « Ecouter son corps peut être anxiogène pour pas mal de gens. Se retrouver face à son corps n'est pas toujours facile, estime Pierre Dalarun. C'est un peu comme se confronter au vide. Se rendre disponible à soi, c'est aussi prendre le risque d'être submergé par l'émotion. »
L'émotion serait donc le lien entre le corps et l'esprit, ce qui les réunit pour le meilleur et pour le pire. Elle peut être verrouillée profondément dans sa tête et dans son ventre. Elle peut aussi libérer le corps et l'esprit, si tant est qu'on la laisse affleurer. « Quand on n'est pas dans son corps, c'est qu'on est trop dans sa tête. En intellectualisant de façon excessive le corps, on passe à côté d'éléments vécus. C'est nier l'autonomie du corps que vouloir toujours lui imposer la volonté de l'esprit, de vouloir tout contrôler. Beaucoup de personnes ont peur de perdre pied, de lâcher prise. Ils se raccrochent aux branches. » Se raccrocher aux branches alors que parfois sauter dans le vide, laisser son corps vous raconter vos émotions les plus profondes peut se révéler un excellent moyen de lui rendre son autonomie et sa liberté.

Marie Kock

1. Auteur de l'Adieu au corps (Métailié, 2001), et Anthropologie du corps et modernité (PUF, 2005).
2. Auteur d'Une nouvelle vision de la thérapie (La Louvière, 1994).

 

L'Analyse bioénergétique

Objectif

Rétablir la circulation énergétique bloquée par des conflits infantiles non résolus, gardés Inn mémoire par notre corps sous forme de tensions musculaires. Une méthode qui implique le corps autant que le psychisme.

Historique

L'analyse bioénergétique est liée, dans les années 1930, des travaux sur l'énergie biologique de Wilhelm Reich, disciple et contemporain de Freud. Dans les années 1950, à New York, le Dr Alexander Lowen, patient puis disciple de Reich, fait évoluer la théorie et la pratique de ce dernier. « Le passé est structuré dans le corps », et ce passé peut se lire au présent, affirme-t-il, il approfondit le travail corporel, il réarticule travail analytique, travail émotionnel et travail corporel, il constate que les décharges émotionnelles n'ont qu'un effet cathartique et provisoire. L'enseignement de Lowen a suscité un engouement international et la création, dans de nombreux pays, de sociétés d'analyse bioénergétique.

Déroulement d'une séance

Des mécanismes physiques et psychologiques défensifs entretenus depuis vingt ans ne disparaissent pas en une seule séance, C'est pourquoi l'analyse bioénergétique débute par un contrat entre le thérapeute et le patient (sur le rythme et la durée des séances), Chaque séance se déroule en trois temps.
- D'abord, on procède à l'état des lieux, Le patient parle de ses sensations, de ses émotions, de ses conflits intérieurs. Ce constat, en prise directe avec les événements importants du quotidien, trouve sa source dans l'histoire passée du patient.
- Il s'agit donc, dans un deuxième temps, de décrypter le conflit actuel : à quelle période de la vie s'est il constitué? A quel proche parent est il lié? Comment peut-il être mis en scène dans la relation avec le thérapeute ? On cherche à saisir comment le conflit s'est transformé en un « morceau d'histoire solidifiée » et non assimilée, dans le corps, le cœur et la tête.
- Le troisième temps de la séance est consacré à explorer et à dénouer la tension accumulée, L'énergétisation du corps par la respiration, par le relâchement des raideurs musculaires et des postures figées, et par l'expression des émotions refoulées, y prépare. Les situations infantiles bloquantes ou paralysantes peuvent être mises en scène avec l'aide du thérapeute, Cela permet d'accepter l'histoire passée sans y rester davantage fixé, et d'apprendre à répondre aux situations d'une façon plus satisfaisante et plus adaptée.
- A la fin de la séance, le patient verbalise ce qu'il a vécu, afin d'intégrer les changements qu'il vient d'opérer et d'en disposer dans sa vie quotidienne, il sera utile d'en reparler au cours des séances suivantes, de relâcher les tensions qui reviennent, de consolider les changements et de confirmer la personne dans ses nouvelles capacités...

Indications et contre-indications

cette méthode est conseillée pour les troubles psychologiques et émotionnels (stress, dépression...) et problèmes psychosomatiques (douleurs articulaires, ulcère, impuissance ...). Elle n'est pas indiquée pour le traitement des troubles graves de la personnalité.

Prix et durée

la séance individuelle dure environ une heure, Elle est hebdomadaire et coûte de 30 à 60 Euros. Travail individuel et travail en groupe peuvent être associés.

À LIRE

« La Joie retrouvée » d'Alexander Lowen (Dang[es, 1995)
« L'Analyse bioénergétique » de Guy Tonella (Bernet Danilo. 2003)
« Qui a peur d'Alexander Lowen ? » d'Edith Fournier (Editions de l'Homme, 1995).

 

 

Le tai-chi : Une discipline de vie

Le tai-chi-chuan (« la boxe de l'ombre ») est un art martial reposant sur l'équilibre entre force et faiblesse, fermeté et souplesse. Pour la médecine chinoise, c'est également une technique de longévité. A long terme, en favorisant la circulation harmonieuse du « souffle » ou « énergie vitale » (le qi) et en travaillant en profondeur sur les articulations, le tai-chi entretient la souplesse du corps, stimule le fonctionnement des organes vitaux (meilleure digestion, circulation) et retarde les effets du vieillissement. C'est aussi une véritable discipline de vie: à force de concentration (tranquillité de la respiration, précision des mouvements) et de persévérance (long apprentissage de l'enchainement et coordination des mouvements), le pratiquant apprend à dépasser l'agitation et l'agressivité qui l'habitent pour accéder à la sérénité et affronter calmement n'importe quelle situation.

Laurence Lemoine

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